Editions Amsterdam, 2024

251 pages

PubliĂ© le : 19/12/2024

3 minutes

lu

La haine des fonctionnaires

Julie Gervais, Claire Lemercier, Willy Pelletier

Le titre est provocateur ; le livre est un plaidoyer pour un vrai service public, militant et partisan, ‑le lecteur s’en rend vite compte- mais sa force et son intĂ©rĂŞt viennent des tĂ©moignages et des faits qui en forment la base. Les trois auteurs Julie Gervais, Claire Lemercier et de Willy Pelletier s’excusent presque d’être universitaires et pas acteurs de terrain, mais ils sont su Ă©couter et voir.

Prenant le contre-pied des qualificatifs souvent attribuĂ©s aux fonctionnaires, obtus, paresseux, bornĂ©s, privilĂ©giĂ©s, la première moitiĂ© du livre va au devant des aides-soignantes, des Ă©boueurs, des secrĂ©taires de mairies, des gars chargĂ©s du dĂ©neigement des routes, des gardiens de prisons et d’autres, autant de mĂ©tiers souvent mal ou modestement payĂ©s. Et pourtant, malgrĂ© les difficultĂ©s, le service est assurĂ©. Oui ! Ça coince parfois, mais il faut aussi chercher les exigences contradictoires qui amènent les agents de base Ă  se dĂ©brouiller comme ils peuvent, en prenant parfois des risques, ou en suscitant l’agacement de l’usager.

Au passage, le livre expose de façon très documentée tous les rouages de la fonction publique au sens strict et du vaste halo qui l’entoure avec de très nombreuses structures allant de l’établissement public à l’association qui assure une mission de service public, parfois en bout de chaîne.

Après avoir regardĂ© au bas de la hiĂ©rarchie ceux qui font le boulot, les auteurs en arrivent Ă  un rĂ©quisitoire sur la très haute fonction publique. Oh non ! Pas ! Certains, sortis de l’ENA, croient encore aux valeurs du service public ; mais le livre est sĂ©vère sur la « noblesse d’État’ et encore plus sur la « noblesse managĂ©riale public-privĂ© Â». Certains propos des membres de ces deux noblesses crĂ©dibilisent la thèse du livre : mĂŞme pavĂ©e de bonnes intentions, la transposition des standards du secteur privĂ© aux services publics peut les dĂ©stabiliser. Et trop souvent, il paraĂ®t plus important de rĂ©former dans l’urgence, et encore plus d’annoncer la rĂ©forme Ă  venir, que de clarifier les objectifs et d’y faire adhĂ©rer le plus grand nombre.

Avec les passerelles de plus en plus largement ouvertes entre le secteur public et le secteur privé, c’est le socle du service public qui est ébranlé de mille façons. Le livre se veut un outil de résistance et salue tous ceux qui, de façon organisée, y contribuent.

Le lecteur pourra regretter que le livre ne dise rien de la situation des services publics dans les pays voisins et qu’il ne se demande pas comment, chez nous, on pourrait sortir des contradictions actuelles par le haut. Mais on ne peut pas demander Ă  l’avocat de faire le travail du juge ; en l’occurrence, son plaidoyer mĂ©rite d’être Ă©coutĂ©, d’autant plus qu’il est parfois teintĂ© d’un humour plaisant.

Arnaud Laudenbach

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